jeudi 24 mars 2016

Mon enfant, son estime et les autres

estime de soi enfant, confiance enfant, estime enfant, sans amis, pas d'amis, se faire des copains, se faire des amis, enfant camarades, enfant cours d'école, enfant cours de récréation, enfant récré, enfant exclu, enfant solitaire, enfant isolé,Assez classiquement en France, le rapport à l'Autre, ce grand étranger qui apparaît dans toutes les personnes qui nous entourent, se construit dès la maternelle et se développe au fur et à mesure à travers l'institution scolaire et les pratiques associatives. Or, ce rapport à l'Autre participe entre autres et en partie à la construction de notre estime personnelle et de la confiance que l'on a envers nous-mêmes et autrui.


Je suis le centre du monde...


C'est un peu l'idée qui résume cette période incroyable que vit l'enfant lorsqu'il est bébé.
L'univers c'est lui.
Le centre de l'univers c'est encore lui.

Dans les situations de précarités psychologique ou affective, l'univers apparaît comme instable et dangereux.

Lorsque l'enfant est porté par toute une gestuelle et un discours plein d'attentions et de soins, il se développe dans un univers protégé dont la pierre angulaire consiste en une idée simple et complexe à la fois - "Amour".


... et l'Autre me le rend bien.


L'arrivée à l'école, le plus souvent en maternelle, marque la grande rencontre avec l'Autre-pair. Cet autre-là a le même âge et se prend aussi pour le centre du monde.

Or, la manière dont les relations vont se développer entre l'enfant et ses camarades va venir nourrir son sentiment d'estime de soi.

En se faisant des copains, il va s'inscrire dans des liens privilégiés, valorisés. En étant invité à participer à des jeux de groupe ou à des goûters en-dehors de l'école, cette valorisation va s'enrichir. Petit à petit, l'enfant accumule des "vitamines psychologiques" qui vont renforcer son estime et donc le sentiment qu'il aura de sa valeur personnelle.

Il va s'épanouir en pouvant s'appuyer sur une certitude bien ancrée qu'il est une personne pleine de valeur. Plus tard, confronté au monde féroce, il pourra avancer sur son chemin sans rechercher à chaque instant l'approbation des autres.


Le cauchemar de la cour de récré


Mais alors, que se passe-t-il si votre enfant se retrouve mis de côté à l'école, exclu des groupes et, terrible menace qui angoisse tant de parents, sans amis ?

La question est fortement orientée!
Evidemment, si votre enfant préfère jouer tout seul et qu'en parallèle il se sent bien et mobilise les compétences de groupe nécessaires à la vie de classe, tout va bien. Inutile de vous inquiéter.
Laissez-le choisir son rythme et prendre son temps pour se mélanger aux autres à sa manière, sans empiéter sur son jardin privé.

La situation devient un problème lorsque votre enfant est exclu par les autres et qu'il vit mal cette situation de rejet.

A partir de là, il aura tendance à essayer de compenser en :
- s'efforçant de plaire aux autres malgré ses propres goûts et envies,
- refermant sur lui-même la douleur de "ne pas être assez bien",
- développant des stratégies d'opposition pour forcer les autres à lui donner une place... quitte à ce que cette place soit celle de la brute qui ennuie tout le monde.


Les do


Si votre enfant vit actuellement cette situation et que vous vous sentez désemparée, vous allez peut-être avoir envie d'agir rapidement et de trouver une solution immédiate pour résoudre le problème de votre bout de chou.

Pourtant, la précipitation n'est pas une bonne conseillère. Je vous propose donc de prendre du recul afin de construire en tant que parent d'abord, puis avec votre enfant comme partenaire, des solutions satisfaisantes.

Vous pouvez notamment commencer par réfléchir à ce que "l'amitié" signifie et représente, la différence entre "amitié sincère" et "camaraderie", l'importance ou non d'avoir des amis et l'intérêt, etc.
N'hésitez pas à partager avec lui des anecdotes de ce que vous avez vous-même vécu à son âge en faisant passez le message que chaque personne est unique et qu'il aura lui aussi ses propres expériences, différentes des vôtres.

Vous pouvez également réfléchir aux activités qui plaisent à votre enfant et pour lesquelles il a développé des habiletés. Cela lui permettra de développer son estime par l'association plaisir/réussite tout en nouant de nouvelles relations, extrascolaires.

N'oubliez pas que la sociabilité à l'école ne se limite pas à la cour de récréation. La fameuse "heure des mamans" - qui est aussi l'heure des papas ceci dit - est une occasion de faire une démonstration de sociabilité à votre enfant. Le but n'est pas de remporter un concours de popularité mais d'être naturelle et sociable en saluant les autres mamans, en répondant aux sourires, en discutant rapidement si vous en avez envie, etc.

De cette manière, vous apprenez spontanément à votre enfant qu'il n'y a pas de besoin d'être méfiant vis-à-vis des autres et que vous l'autorisez et l'encouragez à s'ouvrir aux échanges.

Ce sera aussi l'occasion de pouvoir nouer des relations parentales privilégiées. Elles pourront être utilisées directement par votre enfant en invitant une maman et son enfant ou en proposant d'organiser un goûter pour enfants à quelques-unes d'entre elles.

Enfin, vous avez peut-être constaté que votre enfant manque de certains repères, comme le fait de suivre des règles par exemple ou de troubler le bon ordre d'un jeu au moment inopportun. Dans ce cas, prenez le temps de lui faire comprendre l'importance de ces notions et de les lui apprendre.


Les don't


Pour l'urgence de la situation, voici ce que je vous conseille de ne pas faire :

1. Lui faire des reproches : "tu n'es pas assez...", "tu es trop...", "tu aurais du...".
Le message que vous envoyez ici va venir s'ajouter aux difficultés qu'il vit déjà. Vous lui dites en d'autres termes, qu'il n'est pas assez bien pour que ses camarades l'aiment spontanément.

2. Tout rejeter sur ses camarades d'école.
Les relations se construisent dans un partage et un échange. Si vous rejeter entièrement la faute sur les autres enfants, vous dites au vôtre que non seulement il ne pourra rien faire pour changer la situation mais en plus, que les autres sont foncièrement mauvais.

3. Le pousser à faire comme tous les autres.
Participer à une activité qu'il déteste juste pour "entrer dans le moule", ne valorisera pas votre enfant. Il peut être intéressant qu'il puisse développer des relations ailleurs qu'à l'école, mais assurez-vous que le choix premier qui oriente l'activité soit le goût de votre enfant plutôt que la pratique générale ou la dernière tendance.

4. Le laisser construire ses repères tout seul.
Vous êtes le tout premier modèle de votre enfant. A travers vous, il peut apprendre certaines compétences sociales de base qui restent primordiales comme la politesse, le partage, l'empathie, la communication avec les autres selon les différentes situations, etc.

5. Minimiser la situation au point de la rendre ridicule.
Cela peut paraître évident et pourtant, il est tellement facile d'oublier lorsque l'on est adulte à quel point l'école, le collège, le lycée sont des territoires impactant dans le quotidien d'un enfant. Il est tout à fait sensé que ce qui s'y passe soit vécu avec une importance capitale. Apprenez à votre enfant à prendre du recul si vous jugez que cela peut être bon pour lui mais n'allez pas croire qu'il pourra envisager sa vie scolaire comme une simple période à passer.

6. Le pousser vers n'importe quel camarade.
En l'encourageant à parler avec un enfant en particulier, en l'invitant à la maison ou en organisant des activités avec une autre maman.
Le but n'est pas de réussir à caser votre enfant dans une relation. L'important au final c'est qu'il prenne plaisir à passer du temps avec les autres et votre choix, tout logique ou évident qu'il soit, ne sera peut-être pas à son goût.


Si cela va trop loin ? 


Que votre enfant souffre parce qu'il a du mal à se faire des amis est une chose. Qu'il souffre parce qu'il est la source des moqueries et brimades incessantes de ses camarades en est une autre.

Si vous avez le sentiment que la situation est grave et que vous vous inquiétez pour votre enfant, n'hésitez pas à en parler à la maîtresse. Elle aura peut-être des informations à vous donner.

Ne comptez pas seulement sur cela car avec le nombre d'enfants présents en cour de récréation, elle aura peut-être eu du mal à deviner le harcèlement qui se cache derrière les silences. Vous-même vous serez alors peut-être celle qui lui ouvrira les yeux. A partir de là, elle pourra organiser des temps d'échange, des projets ou des ateliers de groupe sur l'exclusion et le harcèlement sans pointer du doigt votre enfant comme "victime" et les autres comme "méchants".

Assurez-vous de construire un cadre d'échange à la maison où votre enfant pourra s'exprimer librement et parler de ce qu'il ressent, de ses craintes ou des moments qu'il vit mal. Dans la mesure du possible et malgré les émotions que vous pourriez ressentir, efforcez-vous d'avoir un échange basé sur le partage et le non-jugement. N'hésitez pas cependant à mettre des mots sur ce que vous ressentez, non pas en tant que personne mais en tant qu'adulte responsable. Vous pourrez ainsi lui faire passer le message que vous compatissez respectueusement avec lui et que vous êtes touchée par ce qu'il ressent.

Enfin, si vous avez du mal à gérer vos émotions ou à déterminer la meilleure façon d'agir, n'hésitez pas à demander de l'aide pour vous-même. Cela peut être auprès d'un groupe de parents, d'amis, de l'équipe enseignante, d'un thérapeute, etc. L'important est que vous vous sentiez en confiance et libre d'exprimer ce qui vous bloque. N'oubliez jamais que le psychologue scolaire est aussi présent pour accueillir les parents qui le demandent. Il pourra vous écouter, vous proposer des pistes à mettre en oeuvre et également vous orienter vers des structures d'aide si vous le désirez.


A votre tour, dîtes-moi, lorsque vous étiez enfant, comment avez-vous fait ou pas pour construire des relations avec vos camarades ?